Turquie: Asli, oui. Recep Tayyip non.

Un Erdogan n’est pas l’autre.

de WH (qui n’est pas Shakespeare!)


L’écrivaine Asli Erdogan – aucun lien de parenté, heureusement serait-on tenté d’écrire – risque toujours la prison à vie, après sa libération provisoire à la veille de 2017.

Comme des centaines, voire des milliers de personnes, elle a été incarcérée, au lendemain du coup d’Etat avorté de juillet 2016.

Le pouvoir d’Erdogan – l’autre ! – lui reproche de publier des chroniques dans un journal pro-kurde.

Aujourd’hui, sur 100 journalistes prisonniers dans le monde, 30 % se trouvent dans les geôles du pouvoir de Recep Tayyip, le grand défenseur de la démocratie turque, selon ses propres dires.

Pour qui a jamais mis les pieds à Istanbul, – en dépit des nombreuses mosquées dont la plus belle, la « Bleue », – le sentiment de liberté et d’occidentalisme prédominaient : jeunes femmes non-voilées arborant parfois fièrement la mini-jupe, jeunesse un peu dorée qui festoie sur les bords du Bosphore, Istanbul la cosmopolite .

Istanbul n’est pas Ankara, et la parole libre n’y aura plus jamais sa place, ou alors, dans la douleur.

Les rêves d’un jour appartenir à l’Union européenne – qui anime beaucoup de jeunes de la côte Ouest turque – sont devenus cauchemars.

Pourtant, les dirigeants occidentaux, de l’UE aux gouvernements nationaux et même l’administration de Barack Obama ont en chœur condamné le putsch raté, au motif qu’il fallait garantir la… démocratie en Turquie.

Mustapha Kemal – Atatürk le fondateur de la Turquie moderne en 1923 – doit se retourner dans sa tombe comme un derviche: son héritage est mort, ou au mieux mourant…

Aujourd’hui, ses héritiers du Parti Kémaliste – qui s’opposent au demeurant à une prise de pouvoir par la force – sont déclarés unilatéralement « illégitimes » par Erdogan.

Atatürk n’était certes pas un démocrate exemplaire: il exerçait un pouvoir autoritaire.

Mais il a mené la Turquie vers le modernisme: une Constitution qui impose la laïcité, des lois qui s’inspirent de ce qui se fait en Occident, il accorde le droit de vote aux femmes en 1930 pour les élections locales, en 1934 pour les législatives. Petit rappel: les femmes françaises et belges ont dû attendre respectivement 1946 et 1948 avant d’obtenir ce droit fondamental!

Pour Recep Erdogan, la laïcité est une denrée dangereuse qui n’a pas sa place dans une société fortement « islamisée » comme l’est la Turquie d’aujourd’hui.

Il n’y a plus de ligne de démarcation entre religion et Etat : au contraire même!

Sous Erdogan, les imams sont devenus des fonctionnaires d’Etat.

Il a d’ailleurs largement fait appel à eux pour mater les insurgés de juillet 2016, leur demandant d’interrompre les prières et appeler à la rescousse les muezzins des mosquées comme porte-voix.

Erdogan a été jusqu’à prôner le rétablissement de la peine de mort en octobre 2016  en insistant sur le fait que l’Occident n’avait pas à s’en mêler.

Le Parlement turc, à sa botte, doit en débattre.

La haine à l’égard de l’Occident atteint des sommets : au lendemain de l’attentat dans la discothèque Reina, sur les bords du Bosphore, les réseaux qui n’ont plus rien de sociaux ont été inondés de messages à la gloire du djihadiste meurtrier.

Pas étonnant, dès lors qu’en décembre, le ministre de l’Education turc obligeait les écoles à interdire toute célébration du Nouvel An, jugée « contraire aux valeurs religieuses ».

Cette Turquie là, n’a pas de destinée en Union européenne.

La question que je me pose: quand les dirigeants européens décideront-ils en âme et conscience de claquer la porte au nez d’Erdogan?

Il n’ y a plus de « oui, mais » qui puisse se justifier, face à la brutalité et à l’obscurantisme du régime turc actuel…

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